Retour

EMDR

EMDR

Modifier

1. Introduction à la discipline

L’EMDR est une approche psychothérapeutique structurée qui utilise des stimulations bilatérales alternées (mouvements oculaires, tapotements, sons) pour aider le cerveau à retraiter des souvenirs difficiles jusqu’à réduire la détresse associée. Développée à la fin des années 1980, elle s’inscrit dans les thérapies centrées sur le trauma et suit un protocole précis en huit phases. L’EMDR vise à relancer les capacités naturelles d’auto-guérison et d’intégration de l’information lorsqu’elles ont été entravées par un événement potentiellement traumatique. Elle est pratiquée par des professionnels formés et supervisés.

En une phrase orientée bénéfice : l’EMDR aide à apaiser des souvenirs envahissants et leurs manifestations (émotions, sensations, croyances négatives) pour retrouver davantage de sécurité intérieure et de liberté d’action.

2. Origines & histoire

L’EMDR a été proposée par la psychologue américaine Francine Shapiro à la fin des années 1980, après l’observation que des mouvements oculaires volontaires diminuaient la charge émotionnelle de pensées perturbantes. Ses premières publications scientifiques datent de 1989, et la méthode a été progressivement formalisée en un protocole clinique complet. Dans les années 1990–2000, des réseaux professionnels se sont structurés (EMDR International Association, EMDR Europe, EMDR France) pour encadrer formation, supervision et critères d’accréditation. Depuis, la technique s’est diffusée mondialement et continue d’évoluer sur la base du modèle du traitement adaptatif de l’information (AIP).

3. Principes fondamentaux

Vision de la santé : selon le modèle AIP, l’organisme tend à intégrer les expériences de vie de façon adaptative. Un choc ou des stress répétés peuvent « bloquer » ce traitement, laissant des souvenirs non totalement digérés qui se réactivent (flashbacks, hypervigilance, croyances négatives…). L’EMDR vise à remettre en route ce processus, de manière sécurisée et progressive.

Concepts clés :

  • Souvenir cible : événement/chaîne d’événements à l’origine d’une détresse actuelle.
  • Composants du souvenir : image, croyance négative sur soi (« Je suis en danger », « Je suis impuissant·e »), émotions et sensations physiques.
  • Indicateurs : SUD (niveau de détresse subjectif, 0–10) et VOC (validité d’une croyance positive, 1–7) pour suivre l’évolution.
  • Stimulations bilatérales : mouvements oculaires guidés, tapotements alternés, sons gauche/droite.
  • Protocoles : déroulement en 8 phases : anamnèse/planification, préparation (stabilisation), évaluation, désensibilisation, installation de la croyance positive, scan corporel, clôture, réévaluation.

Ces huit phases constituent la « carte » du traitement EMDR, dont l’objectif est de diminuer la charge des souvenirs ciblés et d’installer des croyances plus aidantes, en s’appuyant sur la stimulation bilatérale et des consignes précises.

Outils utilisés : entretien clinique, psychoéducation, techniques de stabilisation (ancrages, lieu sûr, respiration), stimulations bilatérales (doigts du thérapeute, barre lumineuse, tactile, sons), échelles SUD/VOC, carnet de suivi entre les séances.

4. Pour quels besoins ?

Motifs fréquents de consultation :

  • Traumatismes : accidents, agressions, violences, deuils traumatiques, traumatismes répétés ou précoces.
  • État de stress post‑traumatique (TSPT) : reviviscences, cauchemars, évitements, hypervigilance.
  • Anxiété et phobies : peurs spécifiques, anxiété de performance, anxiété sociale (avec ciblage d’événements clés).
  • Symptômes somatiques liés au stress : tensions, douleurs chroniques, troubles du sommeil (dans une approche intégrative).
  • Estime de soi / croyances limitantes : souvenirs à l’origine de schémas persistants.
  • Adaptation à des événements de vie : ruptures, changements professionnels, parentalité, santé.

Ce que l’EMDR ne prétend pas faire : elle ne remplace pas un traitement médical, ne « efface » pas les souvenirs, n’induit pas d’amnésie, et n’est pas de l’hypnose. Elle n’est pas une « solution miracle » : un travail de préparation et de stabilisation est parfois nécessaire avant de retraiter des souvenirs complexes, et la progression est individualisée.

5. Déroulement d’une séance

Avant la séance : le thérapeute recueille l’histoire, les objectifs et les éventuelles contre‑indications. Un plan de traitement est co‑construit (sélection des souvenirs cibles, ressources). Le cadre (durée, fréquence, confidentialité) est précisé. Un temps de préparation peut inclure des techniques d’auto‑apaisement et de stabilisation.

Pendant la séance : après l’évaluation du souvenir cible (image, émotions, croyance négative, sensations, SUD/VOC), le praticien guide des séries de stimulations bilatérales de durée brève. Entre les séries, la personne verbalise ce qui émerge (images, pensées, sensations), sans forcer ni analyser ; le clinicien suit le protocole pour laisser se dérouler le retraitement. L’objectif est une diminution de la détresse (SUD→0–1), l’installation d’une croyance positive (VOC→6–7) et un scan corporel confortable. Les séances durent en général 60 à 90 minutes.

Après la séance : il est courant d’observer de la fatigue, des rêves plus vifs, des fluctuations émotionnelles légères. Des consignes d’auto‑soin et des exercices de stabilisation sont proposés entre les séances. La fréquence typique est hebdomadaire, avec possibilité de formats intensifs (plusieurs séances rapprochées) selon indication et tolérance.

6. Efficacité & état des connaissances

- Recommandations internationales : le NICE (Royaume‑Uni) recommande d’offrir l’EMDR chez l’adulte présentant un TSPT >3 mois après un traumatisme non lié au combat, et de l’envisager dès 1 à 3 mois si la personne la préfère ; chez l’enfant/ado, l’EMDR est envisagée si la TCC centrée sur le trauma n’est pas possible ou inefficace. La ligne directrice NG116 (2018) a été réévaluée en 2025 sans modification des recommandations.

- Organisation mondiale de la Santé : l’OMS recommande de considérer l’EMDR (avec la TCC centrée trauma) pour les personnes souffrant de TSPT, dans ses documents à partir de 2013 et au sein du programme mhGAP.

- Ce que montrent les études : de nombreux essais cliniques et méta‑analyses soutiennent l’efficacité de l’EMDR sur les symptômes de TSPT, avec des résultats souvent comparables aux TCC centrées sur le trauma, et des bénéfices maintenus dans le temps. Les données s’étoffent pour d’autres indications (anxiété, douleurs, deuil compliqué), mais l’intensité de preuve y est plus hétérogène et la décision d’utiliser l’EMDR se fait au cas par cas, dans une approche intégrative et informée par les recommandations.

- Expérience clinique : de nombreux praticiens et patients rapportent une diminution de la détresse liée à des souvenirs marquants, une amélioration du sommeil et du sentiment de sécurité, ainsi qu’un renforcement de croyances positives sur soi. Ces retours varient selon l’histoire personnelle, la préparation, l’alliance thérapeutique et la compétence du praticien.

Rappel important : l’EMDR est une approche psychothérapeutique qui ne remplace pas un suivi médical ou psychiatrique quand il est indiqué. En présence de symptômes sévères (idées suicidaires, épisodes psychotiques, états dissociatifs majeurs, consommation de substances à risque, etc.), une évaluation médicale spécialisée et une coordination des soins sont indispensables.

7. Contre‑indications & précautions

Précautions : l’EMDR nécessite un cadre sécurisé et une évaluation approfondie. Avant d’aborder des souvenirs très sensibles, un travail de stabilisation peut être prioritaire.

Situations nécessitant un avis médical spécialisé et/ou des aménagements :

  • Épisodes psychotiques, manies non stabilisées, idées suicidaires actuelles ou passages à l’acte récents.
  • États dissociatifs sévères ou trouble dissociatif de l’identité : protocole adapté par un thérapeute expérimenté.
  • Addictions actives non stabilisées, sevrage en cours : coordination avec une équipe spécialisée.
  • Traumatismes complexes (traumas répétés précoces) : progression plus lente, travail de ressources élargi.
  • Grossesse, pathologies cardiaques instables, traumatismes crâniens récents : avis médical selon le cas.

Ce qu’un bon praticien ne fera pas : promettre une guérison, forcer à revivre un événement au‑delà de ce qui est tolérable, induire l’arrêt d’un traitement prescrit, poser un diagnostic médical qui n’est pas de son ressort, ou travailler sans consentement éclairé.

8. Formation, diplôme & réglementation (France)

Statut : l’EMDR est une méthode de psychothérapie. En France, l’usage du titre de psychothérapeute est réglementé ; de nombreux praticiens EMDR sont psychologues, médecins/psychiatres ou psychothérapeutes inscrits, ayant suivi une formation spécifique EMDR et une supervision dédiée.

Formation et accréditation EMDR Europe : le standard européen comprend au minimum 6 jours de formation répartis en plusieurs parties, avec ≥24 heures d’enseignement, ≥18 heures de pratiques supervisées et ≥10 heures de supervision clinique. L’accès aux formations accréditées est réservé aux professionnels habilités à exercer la psychothérapie dans leur pays, et la supervision doit être assurée par des consultants EMDR Europe accrédités.

Parcours d’accréditation : après la formation standard, le clinicien poursuit des supervisions pour valider des compétences observables (revues de séances, vignettes cliniques) en vue du titre de Praticien EMDR Europe accrédité. Veillez à rechercher la mention « formation accréditée EMDR Europe » et l’inscription du praticien à un annuaire professionnel reconnu.

Évolutions des repères nationaux : en France, la HAS a lancé des travaux spécifiques sur la prise en charge du psychotraumatisme (note de cadrage 2020) et a ouvert en 2025 un appel à candidatures pour l’actualisation des recommandations enfants ; ces processus reflètent l’actualisation régulière des repères de bonne pratique.

9. Comment choisir son praticien ?

Critères concrets :

  • Formation de base : psychologue clinicien·ne, médecin/psychiatre, ou psychothérapeute répondant aux critères légaux.
  • Formation EMDR accréditée EMDR Europe et supervision active.
  • Expérience du trauma spécifique qui vous concerne (traumas récents/complexes, deuils, phobies, enfants/adolescents, etc.).
  • Approche du stabilisation d’abord, respect du rythme, consentement éclairé.
  • Qualité de l’alliance : vous vous sentez écouté·e, en sécurité, libre d’arrêter à tout moment.
  • Cadre : durée (60–90 min), fréquence, modalités d’urgence, confidentialité, téléconsultation éventuelle.
  • Tarif et modalités de remboursement : variables selon statut (secteur libéral, conventionnement, mutuelle).

Questions utiles à poser :

  • Quelle est votre formation de base et votre niveau d’accréditation EMDR ?
  • Travaillez‑vous sous supervision ? À quelle fréquence ?
  • Quelle expérience avez‑vous de problématiques comme la mienne ?
  • Comment se déroule la préparation (ressources, stabilisation) avant d’aborder des souvenirs difficiles ?
  • Combien de séances prévoyez‑vous et à quel rythme ?
  • Quelles consignes d’auto‑soin entre les séances ? Que se passe‑t‑il en cas de débordement émotionnel ?
  • Pratiquez‑vous l’EMDR en présentiel, en télé‑consultation (et avec quels outils), ou en format intensif ?

10. FAQ

Est‑ce que ça fait mal ?
Non. L’EMDR peut susciter des émotions pendant la séance ou dans les jours qui suivent (rêves vifs, fatigue), mais le praticien régule le rythme et veille à rester dans une zone de tolérance. Des techniques d’apaisement sont proposées.

Combien de séances sont nécessaires ?
Pour un traumatisme unique, 6 à 12 séances sont fréquentes. En cas de traumatismes complexes ou précoces, la durée est plus longue : une phase de stabilisation et un travail par étapes sont nécessaires. Le plan est individualisé.

Est‑ce compatible avec mes traitements actuels ?
Oui. L’EMDR peut être menée en coordination avec un suivi médical/psychiatrique. Ne modifiez jamais un traitement sans avis du prescripteur.

Est‑ce de l’hypnose ?
Non. Il s’agit d’une thérapie éveillée : vous suivez des consignes simples pendant des stimulations bilatérales et restez en mesure d’arrêter à tout moment.

Va‑t‑on me faire « revivre » mon traumatisme ?
Le protocole cible des souvenirs en respectant votre zone de sécurité. Le praticien s’assure de vos ressources avant tout travail délicat et adapte l’intensité. L’objectif est de réduire la détresse, pas de la raviver.

Et pour les enfants/adolescents ?
L’EMDR existe en versions adaptées à l’âge. Les recommandations internationales envisagent l’EMDR chez les 7–17 ans présentant un TSPT lorsque la TCC centrée trauma n’est pas accessible ou efficace, avec un cadre spécifique.

Est‑ce possible en télé‑consultation ?
Oui, sous conditions (connexion stable, cadre sécurisé, outils de stimulation adaptés). La décision se prend avec le thérapeute selon votre situation.

Y a‑t‑il des contre‑indications absolues ?
Rares : certaines situations demandent une évaluation spécialisée et un travail préparatoire (états dissociatifs sévères, épisodes psychotiques non stabilisés, risque suicidaire immédiat, addictions actives). Un professionnel formé saura vous orienter.

Est‑ce remboursé ?
Selon le statut du thérapeute : consultations chez les psychiatres conventionnés peuvent être prises en charge, celles chez les psychologues/psychothérapeutes dépendent des dispositifs et des mutuelles. Renseignez‑vous auprès de votre caisse et de votre complémentaire.

Quelles garanties de qualité ?
Recherchez une formation accréditée EMDR Europe, une supervision régulière et une expérience adaptée à votre besoin. Les annuaires professionnels EMDR Europe/EMDR France permettent de vérifier les accréditations.

Découvrez les praticiens en lien avec la spécialité

Réservez une séance
Près de chez vous
Les mieux notés
v4.9.0